27 juin 2021 – Recevoir la surabondance de la vie de Dieu – Jean 6, 1-15 – B. Marchand

Texte biblique (Traduction Nouvelle Bible Segond)

Jean 6, v.1-15

1 Après cela, Jésus s’en alla sur l’autre rive de la mer de Galilée, la mer de Tibériade. 2 Une grande foule le suivait, parce qu’elle voyait les signes qu’il produisait sur les malades. 3 Jésus monta sur la montagne ; là, il s’assit avec ses disciples. 4 Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche. 5 Jésus leva les yeux et vit qu’une grande foule venait à lui ; il dit à Philippe : Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ? 6 Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait, lui, ce qu’il allait faire. 7 Philippe lui répondit : Deux cents deniers de pains ne suffiraient pas pour que chacun en reçoive un peu. 8 Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit : 9 Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de gens ? 10 Jésus dit : Faites installer ces gens. — Il y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. — Ils s’installèrent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. 11 Jésus prit les pains, rendit grâce et les distribua à ceux qui étaient là ; il fit de même pour les poissons, autant qu’ils en voulurent. 12 Lorsqu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui restent, pour que rien ne se perde. 13 Ils les ramassèrent donc ; ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge qui restaient à ceux qui avaient mangé. 14 A la vue du signe qu’il avait produit, les gens disaient : C’est vraiment lui, le Prophète qui vient dans le monde. 15 Jésus, sachant qu’ils allaient venir s’emparer de lui pour le faire roi, se retira de nouveau sur la montagne, seul.

 

Prédication

Ce repas de la foule se situe au cœur d’une polémique et d’une révélation. Jésus révèle sa puissance par des signes, mais cette puissance fait polémique et crée l’ambiguïté.

Tout d’abord la polémique.

Dans le récit qui précède celui que nous venons de lire, l’autorité de Jésus est contestée par les religieux rigoristes. En effet, au bord du bassin de Bethzatha, à Jérusalem, Jésus a guéri un infirme le jour du sabbat. Or, durant le sabbat, la loi religieuse interdit tout acte de création. Soigner, c’est faire un acte de création. C’est alors que Jésus se présente comme Fils de Dieu, envoyé par Dieu. Voici ce qu’écrit l’évangéliste Jean (Jean 5.18) : “C’est pourquoi les Judéens cherchaient d’autant plus à tuer [Jésus], non seulement parce qu’il annulait le sabbat, mais parce qu’il disait que Dieu était son propre Père, se faisant ainsi lui-même égal à Dieu.”

Puis, nous en arrivons à notre texte et glissons doucement vers l’ambiguïté, l’ambiguïté de cette foule qui s’accroche à Jésus.

“Après cela”, dit le texte, Jésus change de rive de la mer de Galilée. Une façon de passer à autre chose, une façon de prendre de la distance par rapport à ces contestations. Jésus se retire sur la montagne avec ses disciples, au calme, loin de l’agitation de la foule. Mais il en faut plus à la foule pour qu’elle renonce à suivre Jésus. La foule vient à lui, là où il s’est réfugié.

Après le repas de la foule, Jésus se retirera à nouveau sur la montagne pour y chercher la solitude. C’est ce que nous dit finalement le texte biblique. Seul avec lui-même, seul avec Dieu sur cette montagne où il peut être en relation avec Dieu.

Puis ce sera un nouveau changement de rive pour tenter d’échapper à la foule, mais ce sera encore en vain.

Oui, cette foule s’accroche à Jésus. Elle a vu les signes que Jésus a produit sur les malades, sur l’infirme du bassin de Bethzatha. Plus précisément, le texte grec dit que la foule a observé les signes. Elle a été attentive aux signes. Le verbe, en grec, est même à l’imparfait, ce qui souligne la longue durée de l’action : la foule a longuement observé Jésus.

Jésus, lui aussi, observe la foule qui vient à lui — c’est le même verbe en grec qui est employé (v. 5). Jésus voit probablement une attente dans cette foule, peut-être celle d’une libération, comme il libère les malades de leurs infirmités, mais l’attente de la foule est ambiguë. C’est par là que se termine le récit que nous avons lu.

La foule attend des signes de Jésus afin de mettre sa confiance en lui ; c’est ce qu’elle dira plus loin dans le texte. Elle semble fascinée par la puissance de ses signes, et en redemande. Après le repas donné par Jésus, si nous poursuivons la lecture du texte biblique, la foule lui demande qu’il fasse encore un signe (Jean 6.30). Encore un signe, comme si ce repas n’était pas en lui-même un signe de la puissance de Jésus.

Pourtant, quelle puissance se révèle dans ce repas ! Ce repas est surabondant. Les personnes rassemblées ont peu à proposer pour le repas : peu de pain et de poisson, pas suffisant pour nourrir une foule, alors que Dieu donne, par Jésus, une surabondance de nourriture. La foule est littéralement remplie, rassasiée. Même pour les restes, c’est du surplus, du trop ; cela dépasse la mesure. Tout est plein. La foule a littéralement dévoré le repas, nous dit le texte (v. 13), à tel point que l’effet s’en fait toujours sentir — c’est ce que marque le temps du verbe en grec qui est au parfait —, mais il y a tout de même des restes !

Le signe que vient de produire Jésus dans ce repas révèle que Jésus lui-même est celui qui nourrit. Jésus le déclare par la suite à la foule.

Le pain de vie, c’est lui, Jésus — “C’est moi qui suis le pain de la vie”, dit-il (v. 48) —, un pain qui n’est pas celui de la manne du désert, car, poursuit Jésus, les ancêtres qui ont mangé cette manne sont morts, alors que celui qui mange de son pain de vie ne meurt pas. Ce pain de vie n’est pas même celui de la nourriture qui a rassasié la foule des cinq mille (v. 26). Jésus parle en fait de son dernier repas, celui de la dernière Pâque pour lui : “Celui qui me mangera vivra par moi” , dit-il à la foule (v. 57). Voilà pourquoi il est question de la Pâque en tout début du récit : “Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche.” Le don surabondant de Dieu dans ce repas de la foule préfigure le don de la vie de Jésus sur la croix, et la surabondance de la vie qui débordera du tombeau à l’heure du relèvement de Jésus de la mort. Le repas de la foule porte déjà en lui la révélation du dernier repas de Jésus, et de sa mort et résurrection. Là est la bonne nouvelle de Jésus-Christ !

Mais la foule semble totalement passer à côté de ce sens du repas. Ici apparaît l’ambiguïté de la foule.

La foule ne veut pas lâcher Jésus, car elle a bien besoin de libération. Mais ce que dénonce Jésus, c’est que cette libération recherchée n’est pas spirituelle. La foule désire une libération politique ; elle veut “faire [Jésus] roi”, dit le texte. Elle pense que celui qui guérit, qui libère de la maladie pourrait sans doute aussi libérer de l’occupant romain.

La foule veut s’emparer de cette puissance qui pourrait libérer de la tutelle romaine. S’emparer : le terme en grec est fort. C’est enlever de force, tel un rapace s’empare vivement de sa proie. Le verbe est construit sur la même racine que le mot rapace. La foule tente de s’emparer de la puissance de Jésus, mais fait erreur sur la nature de la puissance de Dieu en Jésus.

Et nous ? Qu’attendons-nous de Dieu ? Sommes-nous, nous aussi, dans l’ambiguïté ? Attendons-nous une puissance au service de nos aspirations matérielles ? Recevons-nous la puissance de Dieu dans le don de la vie qui nous est renouvelé sans cesse ?

Seigneur, nous avons besoin de ton aide pour ressentir constamment en nous la puissance de vie que tu nous donnes sans compter, une puissance de vie qui relève de tout enfermement, de tout repli sur soi, de toute mort. Tu es, pour chacun, chacune, le Dieu surabondant de la vie. Amen !

 

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