6 novembre 2022 – La fournaise – Daniel 3, v.1-30 – E. Marchand

Daniel 3, v1-30 (traduction Segond 21)

1 Le roi Nebucadnetsar fit une statue en or, haute de 30 mètres et large de 3 mètres. Il la dressa dans la vallée de Dura, dans la province de Babylone.
2 Le roi Nebucadnetsar fit rassembler les administrateurs, les intendants, les gouverneurs, les conseillers, les trésoriers, les jurisconsultes, les juges et tous les magistrats des provinces pour qu’ils se rendent à la dédicace de la statue qu’il avait dressée.
3 Alors les administrateurs, les intendants, les gouverneurs, les conseillers, les trésoriers, les jurisconsultes, les juges et tous les magistrats des provinces se rassemblèrent pour la dédicace de la statue que le roi Nebucadnetsar avait dressée. Ils se tinrent debout devant la statue que Nebucadnetsar avait dressée. 4 Un héraut cria à pleine voix: «Voici ce qu’on vous ordonne, peuples, nations, hommes de toute langue:
5 au moment où vous entendrez le son de la trompette, de la flûte, de la guitare, de la petite et de la grande harpes, de la cornemuse et des instruments de musique de toute sorte, vous vous prosternerez et vous adorerez la statue d’or que le roi Nebucadnetsar a dressée.
6 Si quelqu’un ne se prosterne pas et ne l’adore pas, il sera jeté à l’instant même au milieu d’une fournaise ardente.»
7 C’est pourquoi, au moment où tous les peuples entendirent le son de la trompette, de la flûte, de la guitare, de la petite et de la grande harpes et des instruments de musique de toute sorte, tous les peuples, les nations et les hommes de toute langue se prosternèrent et adorèrent la statue en or que le roi Nebucadnetsar avait dressée. 8 A ce moment-là, profitant de l’occasion, quelques Babyloniens se présentèrent pour accuser les Juifs.
9 Ils prirent la parole et dirent au roi Nebucadnetsar: «Roi, puisses-tu vivre toujours!
10 D’après l’ordre que tu as toi-même donné, tous ceux qui entendaient le son de la trompette, de la flûte, de la guitare, de la petite et de la grande harpes, de la cornemuse et des instruments de toute sorte devaient se prosterner et adorer la statue en or. 11 D’après le même ordre, si quelqu’un ne se prosternait pas pour adorer la statue, il devait être jeté au milieu d’une fournaise ardente. 12 Or, il y a des Juifs à qui tu as confié l’administration de la province de Babylone: Shadrak, Méshak et Abed-Nego. Ces hommes ne tiennent aucun compte de ton ordre, roi. Ils ne servent pas tes dieux et n’adorent pas la statue en or que tu as dressée.»
13 Alors Nebucadnetsar, irrité et furieux, donna l’ordre de faire venir Shadrak, Méshak et Abed-Nego. Ces hommes furent donc amenés devant le roi. 14 Nebucadnetsar prit la parole et leur dit: «Est-il vrai, Shadrak, Méshak et Abed-Nego, que vous ne servez pas mes dieux et que vous n’adorez pas la statue en or que j’ai dressée?
15 Maintenant, tenez-vous prêts et, au moment où vous entendrez le son de la trompette, de la flûte, de la guitare, de la petite et de la grande harpes, de la cornemuse et des instruments de toute sorte, vous vous prosternerez et vous adorerez la statue que j’ai faite. Si vous ne l’adorez pas, vous serez immédiatement jetés au milieu d’une fournaise ardente. Quel est le dieu qui pourra alors vous délivrer de mon pouvoir?»
16 Shadrak, Méshak et Abed-Nego répliquèrent au roi Nebucadnetsar: «Nous n’avons pas besoin de te répondre là-dessus.
17 Notre Dieu, celui que nous servons, peut nous délivrer de la fournaise ardente, et il nous délivrera de ton pouvoir, roi.
18 Et même s’il ne le faisait pas, sache, roi, que nous ne servirons pas tes dieux et que nous n’adorerons pas la statue en or que tu as dressée.»
19 Nebucadnetsar fut alors rempli de colère. Il changea de visage vis-à-vis de Shadrak, Méshak et Abed-Nego. Reprenant la parole, il ordonna de chauffer la fournaise sept fois plus que d’habitude.
20 Puis il ordonna à quelques soldats particulièrement forts de son armée d’attacher Shadrak, Méshak et Abed-Nego et de les jeter dans la fournaise ardente.
21 Ces hommes furent alors attachés, habillés de leurs caleçons, de leurs tuniques, de leurs manteaux et de leurs autres vêtements, et ils furent jetés au milieu de la fournaise ardente. 22 Comme l’ordre du roi était catégorique et que la fournaise était extraordinairement chauffée, la flamme tua les hommes qui y avaient jeté Shadrak, Méshak et Abed-Nego.
23 Quant aux trois hommes en question, Shadrak, Méshak et Abed-Nego, ils tombèrent ligotés au milieu de la fournaise ardente.
24 Le roi Nebucadnetsar fut alors effrayé et se leva subitement. Il prit la parole et dit à ses conseillers: «N’avons-nous pas jeté trois hommes ligotés au milieu du feu?» Ils répondirent au roi: «Certainement, roi!» 25 Il reprit: «Eh bien, j’aperçois quatre hommes dépourvus de liens qui marchent au milieu du feu, porteurs d’aucune blessure, et le quatrième ressemble à un fils des dieux.»
26 Nebucadnetsar s’approcha ensuite de l’entrée de la fournaise ardente et dit: «Shadrak, Méshak et Abed-Nego, serviteurs du Dieu très-haut, sortez et venez!» Shadrak, Méshak et Abed-Nego sortirent alors du milieu du feu.
27 Les administrateurs, les intendants, les gouverneurs et les conseillers du roi se rassemblèrent. Ils virent que le feu n’avait eu aucun pouvoir sur le corps de ces hommes, que les cheveux de leur tête n’avaient pas brûlé, que leurs habits n’étaient pas abîmés et qu’ils ne sentaient même pas le feu.
28 Nebucadnetsar prit la parole et dit: «Béni soit le Dieu de Shadrak, de Méshak et d’Abed-Nego! Il a envoyé son ange et a délivré ses serviteurs qui ont placé leur confiance en lui. Ils n’ont pas hésité à enfreindre l’ordre du roi et à risquer leur vie plutôt que de servir et d’adorer un autre dieu que leur Dieu!
29 Voici maintenant l’ordre que je donne: si quelqu’un, quels que soient son peuple, sa nation et sa langue, parle de façon légère du Dieu de Shadrak, de Méshak et d’Abed-Nego, il sera mis en pièces et sa maison sera transformée en un tas de décombres. En effet, il n’y a aucun autre dieu capable de délivrer comme lui.»
30 Après cela, le roi fit prospérer Shadrak, Méshak et Abed-Nego dans la province de Babylone.

Prédication sur Daniel 3, 1-30 – La fournaise

J’ai toujours été fascinée par ce récit de l’ancien testament. Je me souviens l’avoir découvert enfant, en lisant la Bible en bande dessinée et j’étais impressionnée par les images qui illustraient la statue du roi Nabucodonosor et par la fournaise, mais aussi par les noms des trois amis de Daniel, Shadrak, Meshak et Abed-Nego. Ces noms m’avaient frappé par leur sonorité très différente des noms hébraïques dont fourmille l’ancien testament. Précédemment, dans le premier livre de Daniel, il est fait mention de leur nom de naissance et du fait qu’ils ont été renommés par des noms akkadiens, langue parlée en Mésopotamie où le peuple juif était déporté en exil. Les textes bibliques ont gardé leurs noms akkadiens, signe qu’ils étaient intégrés dans leur pays d’exil.

Ces trois hommes étaient d’ailleurs administrateurs de la province de Babylone nous dit le texte. C’est le roi lui-même qui leur avait confié cette mission alors qu’ils étaient d’origine étrangère. Ce qui n’a pas manqué d’attiser les jalousies et provoqué la scène de délation racontée dans le texte que nous avons lu. Certains traits de l’espèce humaine comme la jalousie, la convoitise, le mépris, ont tristement traversé les siècles…

Revenons à nos trois hommes. Ils sont invités parmi la longue liste des dignitaires invités à adorer la statue érigée par le roi. Ils portent les attributs et vêtements de leur rang d’administrateurs. Ils sont parmi la foule mais pourtant, n’obéissent pas au roi lorsqu’il s’agit d’adorer sa statue. Et c’est lorsqu’on touche à la question existentielle, celle de leur foi, qu’apparaît leur différence. Ils ont beau être dans un pays étranger qui vénèrent une multitude de dieux, entourés par une foule sous l’autorité du roi, ils demeurent fermes dans leur foi en leur dieu.

Les seules paroles de Shadrak, Meshak et Abed-Nego sont pour affirmer cette foi. Pas d’une parole tiède mais d’une acclamation limpide : versets 16-18. Leur confession de foi est impressionnante : « quand bien même il ne le faisait pas, nous n’adorerons pas la statue en or que tu as dressée ». Cette certitude face à la menace d’une mort assurée exprime le fait qu’au fond de leur cœur, ils se savent sauvés et libérés par Dieu. Ils vont peut-être mourir mais qu’importe car ils sont libres. Cela rappelle le récit des 10 lépreux sur lequel Bertrand a prêché il y a quelques semaines. Tous les 10 ont certes été guéris mais seul l’un d’entre eux est revenu vers Jésus pour lui attribuer sa guérison et c’est cet acte de foi qui l’a véritablement sauvé et libéré de ce qui l’empêchait de vivre.

Nos trois amis jouent gros. Ils savent que s’opposer au roi est synonyme de mort. Mais ils ne sont pas seuls. Ils parlent d’une seule voix, s’unissent derrière l’expression « Notre Dieu » qui rappelle la dimension collective des croyants comme lorsque nous prions « Notre Père ». Dans la Bible, le nombre 3 est d’ailleurs synonyme d’une unité, d’un tout. Ils sont certes ultra-minoritaires au milieu d’une foule acquise à la cause du roi mais ils tiennent bon, debout, sans sourciller.

Le roi Nabucodonosor qui avait l’habitude d’avoir pouvoir de vie et de mort sur ses sujets passe de la bienveillance à leur égard (c’est lui qui les a nommés administrateurs) à l’irritation lorsque des conseillers dénoncent les Juifs qui s’abstiennent d’adorer la statue, jusqu’à la fureur lorsque ceux-ci lui tiennent tête avec affront. Le texte dit alors que le roi « change de visage » au verset 19 et met en œuvre tout un dispositif mortel, excessif (la fournaise chauffée 7 fois plus fort, des soldats « extrêmement forts » qui interviennent…) comme pour contrer la puissance divine du dieu de Shadrak, Meshak et Abed-Nego.

En donnant l’ordre de jeter les trois hommes dans la fournaise, c’est encore une pulsion de mort absolue qui l’anime : les hommes sont jetés ligotés et habillés de leurs vêtements de cérémonie. Les gardes qui les ont jetés sont eux-mêmes morts tant la fournaise était ardente. Cette domination des autres s’exercent jusque dans la mort. Elle n’est d’ailleurs que mort.

Puis, la colère laisse place à l’effroi quand le roi constate que les trois hommes sont bien au cœur de la fournaise mais debout et pas seuls : un quatrième homme se tient à leur côté ; ils marchent alors qu’ils étaient ligotés et ne portent aucune blessure. Il perd de son assurance, il est troublé et demande confirmation à ses conseillers en les associant à sa décision « n’avons-nous pas jeté ces hommes au feu ? »… Et là, il voit, il est témoin direct de faits qui contredisent toutes ces certitudes, tout ce qu’il avait ordonné par son pouvoir royal et sa fureur. Il observe même quelque chose de nouveau « le 4e homme ressemble à un fils des dieux » ou tout du moins, à l’image qu’il s’en fait. Cet effroi ressenti est comme une ouverture vers le divin.

Et s’il avait eu tort ? S’il existait, comme les trois hommes lui avaient dit, un dieu plus fort qui peut le libérer de la mort, qui peut même le libérer de lui-même ? Tout s’accélère : Nabucodonosor s’avance vers la fournaise (pourtant le lieu de la mort) car il espère y trouver la vie et ajouter un dieu super-puissant à son panthéon de divinités. Et il confesse sa foi dans le dieu d’Israël, « Serviteurs du Dieu très haut » et donne un nouvel ordre mais cette fois-ci, un ordre de vie « Sortez et venez ».

Sans une seule parole des rescapés, le roi attribue au Dieu des Juifs ce miracle. Il reconnaît la puissance divine « Béni soit le Dieu des 3 ». Il donne un nouvel ordre et se range du côté de ce dieu très fort, comme un signe de soumission devant sa puissance. Pourtant, vous et moi savons que Dieu n’a pas besoin que le roi intervienne avec ses ordres pour régner en nous. Ce n’est pas parce qu’un roi dit qu’il faut croire que nous allons croire. C’est une sorte de récupération opportuniste par le roi de ce Dieu des Juifs. Nous ne sommes pas dupes. Dieu veut parler au cœur de chacun et ne s’impose pas par la volonté d’un roi.

Cet épisode de la fournaise qui parle d’un Dieu qui libère d’un roi oppresseur ne vous rappelle-t-il pas une autre histoire de la Bible ? Nabucodonosor rappelle Pharaon, régnant sur l’Égypte au temps où le peuple hébreu était réduit en esclavage. Il avait lui aussi pouvoir de vie et de mort sur tous ses sujets. Et pour se libérer de son joug, le peuple avait alors suivi Moïse pour traverser non pas une fournaise ardente mais une mer et ses flots puissants. Mais contrairement à Nabucodonosor qui dans notre récit reconnaît à la fin la puissance de Dieu et soumet son pouvoir terrestre à celui du Dieu des Juifs, Pharaon s’était entêté et avait trouvé la mort avec son armée lorsque la mer l’avait englouti.

Lorsque Shadrak, Meshak et Abed-Nego affirment que leur Dieu les libère du pouvoir du roi Nabucodonosor, cela fait écho au « libère mon peuple » ou encore « laisse partir mon peuple » lancé par Moïse à Pharaon. Vous le savez peut-être mais les théologiens qui ont étudié les manuscrits devenus nos textes bibliques (ainsi que d’autres écrits contemporains de cette époque) ont mis en évidence le fait que le récit de la sortie d’Egypte que l’on trouve dans le livre de l’Exode a été en fait rédigé au moment où le peuple hébreu était captif en exil à Babylone. Ce récit d’une libération divine face à un dirigeant humain revêt alors une dimension toute nouvelle. Il s’agit aussi d’une libération des croyants face à l’oppresseur, d’une affirmation de la victoire de Dieu sur les choses terrestres, de la puissance de vie sur la mort.

C’est aussi le récit de notre libération intérieure ou tout au moins du chemin que nous sommes invités à emprunter, jour après jour, pour rester fermes dans nos convictions d’amour et de partage alors que le monde qui nous entoure est divisé et violent. Sommes-nous capables comme Shadrak, Meshak et Abed-Nego de vivre dans ce monde, d’y exercer des responsabilités, de s’y engager tout en restant fidèles à l’élan de vie que nous donne Dieu ? Sommes-nous capables de résister à l’élan de masse qui nous emporte vers toujours plus de consommation, de surenchère technologique, de réalité virtuelle ? Face à ces divinités actuelles que sont la publicité, mais aussi le qu’en dira-t-on et notre propre égo, avons-nous assez confiance en Dieu pour choisir d’autres voies ?

Shadrak, Meshak et Abed-Nego témoignent de la puissance de la foi lorsque nous laissons Dieu agir dans nos vies. Ils n’ont pas peur. Ils ne sont pas seuls. Ils se tiennent debout malgré l’adversité et restent pleinement vivants au cœur de la fournaise de mort. Soyons, chacun à notre mesure, inspirés par eux, guidés par l’Esprit. Nous y trouverons la vie. Amen.

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