« Le drame oublié des chrétiens persécutés d’Afrique subsaharienne » article de GUILLAUME GUENNEC, CODIRECTEUR DE PORTES OUVERTES extrait du journal REFORME du 3 septembre n° 4148

Il y a plus de dix ans, l’avènement du groupe État islamique en Irak et en Syrie provoquait émoi et sidération. Aujourd’hui, l’histoire se répète en Afrique subsaharienne. À plus grande échelle.
Pourtant, dans une relative indifférence… Comment expliquer cette crise oubliée

En 2013, l’État islamique d’Irak et du Levant (Daech) se fait connaître au monde entier en déferlant sur l’Irak et la Syrie. Un califat est proclamé et les villes tombent sous sa coupe les unes après les autres : Raqqa, Mossoul… On se souvient des colonnes de voitures des habitants qui fuient, des tentes des camps de déplacés internes montées dans l’urgence, de la lettre
noun taguée sur les maisons des chrétiens… Face à l’horreur des exactions contre les Yézidis, les chrétiens et les musulmans trop modérés pour Daech, le monde réagit. Une coalition internationale défait militairement Daech et libère de son joug
7,7 millions d’Irakiens et de Syriens. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une expression du chercheur Babacar Diop
illustre les mutations de ce groupe après 2014 et son implantation en Afrique subsaharienne.
D’après un rapport de l’ONU*, il s’est transformé en un «réseau décentralisé de filiales régionales liées par une idéologie commune » et ses branches étendent leur influence dans plusieurs régions d’Afrique en exploitant « les fragilités institution-
nelles, les conflits prolongés et les difficultés économiques ». L’Afrique subsaharienne est ainsi devenue la région du monde qui compte le plus de groupes affiliés aux deux grandes familles du djihadisme mondial : l’État islamique et Al-Qaïda.
Cette présence constitue une menace existentielle pour les États. Des pans entiers du Mali et du Burkina Faso sont désormais aux mains du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, affilié à Al-Qaïda) et de l’État islamique au
Grand Sahara. Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) sèment la terreur dans le nord du Nigeria, tandis que les Forces démocratiques alliées (ADF, groupe affilié à l’État islamique) exploitent la crise sécuritaire dans l’est
de la République démocratique du Congo (RDC).

Dans le viseur des djihadistes

Par leur idéologie intolérante, ces groupes djihadistes menacent aussi le vivre-ensemble, l’entente interreligieuse et les droits humains. Les chrétiens, considérés comme « infidèles », constituent des cibles de choix. L’État islamique a ainsi publié en octobre 2025 une communication intitulée « Chrétiens en Afrique » expliquant que pour échapper au « cycle de tueries », ces derniers n’avaient que deux options : se convertir à l’islam ou payer la jizîa (taxe pour les non-musulmans).
Exactement le même choix qui était présenté aux chrétiens d’Irak et de Syrie douze ans plus tôt…
Dans la pratique, c’est une violence incessante qui s’abat sur les chrétiens. Le 18 août, 24 chrétiens sont tués par une milice peule radicalisée dans l’État de Plateau au Nigeria. Le dimanche 2 août, l’église catholique Saint-Joseph, dans l’État
d’Enugu, est attaquée par des hommes munis d’AK-47. Le 10 août, dans l’extrême-nord du Cameroun, le long de la frontière avec le Nigeria, deux chrétiens évangéliques sont kidnappés par Boko Haram. En juin, 14 chrétiens sont décapités
par le groupe État islamique en Afrique centrale (Iscap) dans la province du Haut-Uélé en RDC.
Autant de cas qui n’ont pas fait la une des journaux. Ce qui alimente un sentiment d’abandon chez les victimes.
Le drame oublié des chrétiens persécutés d’Afrique subsaharienne. Il y a plus de dix ans, l’avènement du groupe État islamique en Irak et en Syrie provoquait émoi et sidération. Aujourd’hui, l’histoire se répète en Afrique subsaharienne. À plus grande échelle. Pourtant, dans une relative indifférence… Comment expliquer cette crise oubliée ?
Les restes de 22 chrétiens tués par des extrémistes sont enterrés dans cette fosse commune du nord du Nigeria.

L’Afrique subsaharienne est aujourd’hui la région du monde qui compte le plus de chrétiens.
Les églises sont jeunes et dynamiques. Mais c’est aussi la région du monde où la persécution est la plus violente. D’après l’Index mondial de persécution des chrétiens 2026, 93 % des chrétiens tués pour leur foi dans le monde le sont en Afrique
subsaharienne. Au-delà de la tragédie humaine et de la catastrophe humanitaire (16 millions de chrétiens déplacés en Afrique), il y a aussi un enjeu spirituel.L’Église universelle prêtera-t-elle attention aux cris des membres du Corps du Christ qui souffrent en Afrique subsaharienne ? Leur apportera-t-elle le soutien dont ils ont tant besoin, en prière et en actes ?
La Bible explique que si un membre du Corps du Christ souffre, tous souffrent avec lui. Face à la relative indifférence médiatique, nous sommes appelés à vivre ce verset. La solidarité doit prévaloir.
GUILLAUME GUENNEC,
CODIRECTEUR DE PORTES OUVERTES
* Rapport 2026 sur la menace posée par Daech, de la cheffe du bureau de lutte contre
le terrorisme des Nations unies (Unoct).
LE PROGRAMME « AFRIQUE : UNIS

LE PROGRAMME « AFRIQUE : UNIS CONTRE LA VIOLENCE »
Répondant à l’appel des chrétiens persécutés d’Afrique subsaharienne face à la montée de la persécution, Portes
ouvertes et l’Association des évangéliques en Afrique ont lancé « Afrique : Unis contre la violence », une campagne nternationale de sensibilisation pour appeler à mettre fin aux violences qui détruisent des milliers de vies chaque année. Dans ce cadre, une pétition permet de demander à la communauté internationale :

1. la protection pour les personnes en situation de vulnérabilité ;
2. la fin de l’impunité ;
3. une aide humanitaire adaptée pour la restauration des victimes.

Nous avons dépassé les 750 000 signatures et espérons atteindre le million d’ici au 2 novembre, afin d’engager l’ONU
et l’Union africaine à agir pour les chrétiens persécutés. Si vous voulez vous tenir aux côtés des chrétiens persécutés d’Afrique subsaharienne, vous pouvez signer la pétition via ce QR code ou en cliquant sur le QR code.

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