« Âgés ou dépendants ?  » par Jean Fontanieu, secrétaire général de la FEP. extrait Proteste n° 156 décembre 2018

Âgés ou dépendants ?

“de l’importance de nos mots et de notre regard “

Le vieillissement de la population est un phénomène observable dans une grande  partie du monde, annonciateur probablement de changements profonds sur le plan géopolitique et social. Mais  au-delà des conséquences à anticiper, il est un aspect essentiel que l’on peut partager, celui du regard : nos grands aînés sont-ils à nos yeux des personnes prioritairement dépendantes (ayant perdu leur autonomie), ou simplement des personnes âgées (ayant des attitudes, des capacités différentes de celles des jeunes) ? Que souhaitons- nous voir en premier ? La perte de la liberté d’agir, de consommer, d’être des acteurs vigoureux de la société de consommation, ou le gain de l’expérience, du recul, du lien social, de la transmission ?

Se jouent ici des choix fondamentaux, propres à influer profondément nos politiques sociales, nos façons  de prendre en charge les personnes dépendantes. On peut, bien entendu, tenter de conjuguer ces deux regards, mais force est de constater la tendance forte à l’exclusion des « dépendants », à la mise à l’écart, à la considération de ces personnes qui deviennent des « centres de coûts sociaux »… Le chemin inverse, qu’il nous semble intéressant et bienfaisant d’explorer, serait de remplacer cette tendance consumériste et objectivement gestionnaire par un accueil naturel de ceux qui nous ont précédés. Les personnes âgées ont à nous donner le fruit de leur expérience ; elles permettent le lien intergénérationnel, essentiel dans une société en profonde et rapide mutation, qui tend à oublier d’où elle vient et ce qu’elle a autrefois traversé.

Il nous faut en permanence chercher les causes de l’Histoire, car à trop les oublier, les chaos se répètent… Il nous faut écouter le mode de vie de nos aînés, comme des  signaux indiquant que l’hyperconsommation n’est pas le seul graal… Il nous faut comprendre d’où nous venons, car à ne pas le savoir on s’invente des origines fantasmées, propices aux errements identitaires délétères. Il nous faut savoir regarder l’humanité où elle se trouve, dans les yeux, la parole, les pleurs et les rires, au-delà des difficultés à savoir marcher d’un pas alerte.

Ce regard doit être véhiculé par des mots adéquats, non pas politiquement corrects, mais porteurs d’amour, de respect et d’espérance. C’est au prix de cet effort que nous pourrons dépasser la fracture sociale qui se profile. Celle où tous ceux qui n’ont plus les moyens de s’assumer tout seuls seront mis de côté, dans le silence de leur indignation et de leur souffrance muette… Emmenons nos enfants dans les Ehpad, montrons-leur la richesse de leur humanité, ce sera notre plus grande victoire contre la dépendance !

Jean Fontanieu, secrétaire général de la FEP.

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