20 mars 2022 – Accompagné par Dieu partout où tu iras – Josué 1, v.1-9 – B. Marchand

Josué 1, v.1-9 (traduction Nouvelle Bible Segond)

1 Après la mort de Moïse, serviteur du Seigneur, le Seigneur dit à Josué, fils de Noun, auxiliaire de Moïse : 2 Moïse, mon serviteur, est mort ; maintenant, passe ce Jourdain, toi et tout ce peuple, vers le pays que je donne aux Israélites. 3 Tout lieu que vos pieds fouleront, je vous l’ai donné, comme je l’ai dit à Moïse : 4 Votre territoire s’étendra depuis le désert et ce Liban, jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate – tout le pays des Hittites, jusqu’à la grande mer, au soleil couchant. 5 Personne ne tiendra devant toi, tous les jours de ta vie. Je serai avec toi comme j’ai été avec Moïse ; je ne te délaisserai pas, je ne t’abandonnerai pas. 6 Sois fort et courageux, car c’est toi qui vas donner à ce peuple, comme patrimoine, le pays que j’ai juré à leurs pères de leur donner. 7 Seulement sois fort et très courageux, pour veiller à mettre en pratique toute la loi que Moïse, mon serviteur, a instituée pour toi ; ne t’en écarte ni à droite ni à gauche, afin de réussir partout où tu iras. 8 Ce livre de la loi ne s’éloignera pas de ta bouche ; tu le reliras jour et nuit pour veiller à mettre en pratique tout ce qui y est écrit ; alors tu mèneras à bien tes entreprises, tu réussiras. 9 Ne t’ai-je pas donné cet ordre : Sois fort et courageux ! Ne t’effraie pas, ne sois pas terrifié, car le Seigneur, ton Dieu, est avec toi partout où tu iras.

Prédication

La mort de Moïse laisse Josué seul devant sa nouvelle responsabilité de guide pour le peuple d’Israël. C’est Moïse qui, jusque là, a guidé le peuple hors du pays de l’esclavage et de la mort. L’Égypte représente, dans la Bible, ce pays, car les grands rois faisaient travailler de nombreux esclaves à la construction des édifices. Avec l’aide de Dieu, Moïse a conduit le peuple hébreu vers un pays de liberté et de vie, traversant la mer qui paraissait infranchissable, puis le désert, lieu des épreuves et des doutes. Durant cette longue traversée, l’envie a été forte de retourner en arrière, de rebrousser chemin pour retrouver ce qui était connu, même si ce retour était synonyme d’esclavage et de mort. Le désarroi a été si fort pour le peuple que la promesse de libération et de vie s’évanouissait dans la peur de l’inconnu.

Toute cette histoire de la Bible peut être relue aujourd’hui à travers ses métaphores. L’image du pays de la mort et de l’esclavage représente le lieu intérieur, en nous, où nous nous sentons enfermés par la négation de nos aspirations et de nos besoins existentiels, par nos peurs et nos rancunes, par tout ce qui nous replie sur nous-mêmes, nous immobilise, nous empêche d’aller de l’avant, de vivre véritablement, car la vie est par essence mouvement, marche en avant, transformation continue.

L’image de la mer à franchir, ce sont nos blocages, nos murs intérieurs qui paraissent définitifs. Nous les voyons de loin ; ils nous font déjà peur. Puis, quand nous sommes au pied du mur, c’est la panique. Nous nous sentons perdus, abandonnés. Pourtant, il y a quelque chose derrière ces murs, un vaste horizon de liberté et de vie, mais cet horizon reste caché à nos yeux. Peut-être arrivons-nous à penser cet horizon, mais nous n’arrivons pas à le vivre.

Dans cette histoire de la Bible, c’est Dieu qui brise le mur de la mer pour ouvrir, à Moïse et au peuple, l’horizon de la liberté et de la vie. Mais l’horizon n’est que la vue lointaine du pays de liberté et de vie. Derrière le mur se déploie le désert. Moïse et le peuple doivent encore traverser le désert, le vide, le désarroi, pour pouvoir reconstruire ensuite une existence autre, vivante et libre.

Cette histoire, c’est celle de l’humanité qui se confronte à ses esclavages, ses morts, ses peurs, ses murs. Ce sont les différentes crises qu’elle a provoquée et qui s’impose à elle : crise climatique, crise sanitaire, crise économique, crise des conflits armés…

Cette histoire, c’est aussi la nôtre, personnellement, celle de nos propres épreuves. La mort d’un proche est parfois l’une des plus fortes épreuves que nous traversons.

Dans cette histoire biblique, maintenant que Moïse est mort, Josué doit prendre la suite ; il doit se lever et passer à son tour à travers un mur, car la vie ne s’arrête pas à la mort. Devant Josué se dresse le Jourdain, le fleuve qui le sépare du pays de la promesse, du pays de la liberté et de la vie. Cette fois-ci, le désert semble bien derrière eux, le pays semble proche ; il est là, comme à portée de main, mais une nouvelle traversée vers l’inconnu se présente. De quoi sera fait l’avenir ? Un avenir sans Moïse, qui pourtant rassurait bien. Un avenir à construire par soi-même, avec les autres.

Bien que Dieu ait montré fidèlement sa présence durant la longue traversée du désert, la peur de l’abandon ne s’est pas effacée, cette peur de se retrouver seul face à l’inconnu qui pourrait vite devenir un adversaire. Ce que je ne connais pas me fait peur et devient mon ennemi. La peur elle-même transforme mon regard sur l’inconnu et en fait pour moi un ennemi.

Certains d’entre nous ont perdu des proches, il y a déjà quelques mois, ou plus récemment. Certains d’entre nous se sentent perdus, démunis dans leur vie, et se confrontent à d’autres deuils. Aujourd’hui, ce texte biblique, du tout début du livre de Josué, se rappelle à nous.

Une nouvelle traversée se dresse devant nous. En aurai-je la force ? La peur de l’abandon va-t-elle me prendre au milieu du gué ? Le pays, que je ne connais pas encore par moi-même, sera-t-il tout de même porteur de vie, comme me l’annonce la promesse ? Toutes ces questions se posent face à la perte, à la mort.

“Personne ne tiendra devant toi, tous les jours de ta vie. Je serai avec toi comme j’ai été avec Moïse ; je ne te délaisserai pas, je ne t’abandonnerai pas.” Voilà la promesse que nous réentendons aujourd’hui avec ce texte du livre de Josué. Cette promesse s’ancre dans une expérience de vie passée : “Je serai avec toi comme j’ai été avec Moïse”. Oui, nous n’avons pas toujours été en deuil durant notre existence. Nous avons déjà pu ressentir la force de vie que Dieu met en nous, par sa présence spirituelle en nous qu’il renouvelle sans cesse, telle une promesse pour aujourd’hui et pour demain. Cette promesse se renouvelle encore aujourd’hui. Cette nouvelle traversée conduit dans un pays de vie.

“Sois fort et courageux Seulement sois fort et très courageux ” Le texte insiste sur cette force et ce courage, car la peur n’est jamais bien loin, car le sentiment d’être brisé, déchiré, ravagé, et de plonger subitement la tête en avant, n’est jamais définitivement écarté. Ce qui donnera force et courage, ce qui permettra de tenir, d’être ferme, solide, c’est de relire, de murmurer comme une méditation, constamment — “jour et nuit”, dit le texte —, de murmurer la loi de Dieu, c’est-à-dire l’enseignement qui nous ajuste à Dieu.

Jésus résumera cet enseignement en deux commandements, en deux vives recommandations : “Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence. C’est là le grand commandement, le premier. Un second cependant lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes.” (Matthieu 22.36-40)

Le prochain, dit Jésus, c’est celui que je croise sur ma route et qui a besoin de moi, qui a besoin que je m’approche de lui et que je prenne soin de lui : ce sont, par exemple, les personnes en précarité qui ne savent pas comment boucler les fins de mois ; ce sont les personnes isolées qui se sentent abandonnées ; ce sont les exilés qui arrivent chez nous pour trouver refuge et sécurité, etc. Notre monde souffre et a besoin d’être soigné par chacun, chacune de nous. Ces vives recommandations, que sont aimer Dieu et aimer son prochain, sont deux appels à la vie. Dans l’évangile selon Luc, Jésus conclura : “Fais cela et tu vivras.” (Luc 10.28)

C’est dans l’amour pour Dieu et pour le prochain que je trouve la vie et la paix intérieure qu’elle porte en elle. Voilà en quoi consiste réussir sa vie, et mener à bien ses entreprises — comme le dit le texte biblique —, non pas au sens de la société, mais au sens de Dieu. Trouver véritablement la vie et la paix intérieure, voilà la vraie réussite.
“Sois fort et courageux ! Ne t’effraie pas, ne sois pas terrifié, car le Seigneur, ton Dieu, est avec toi partout où tu iras.” Amen !

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