27 février 2022 – Le sermon sur la montagne – Luc 6, v.36-42 – Ch. Boyer

Lecture du texte biblique (TOB) LUC 6 v 36 à 42

Ces versets se situent dans un ensemble d’enseignements de Jésus le plus souvent appelé « le sermon sur la montagne ».

(Luc 6 v 12), « En ces jours-là , Jésus s’en alla dans la montagne pour prier et il passa la nuit à prier Dieu;puis, le jour venu,il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres « ; puis il descendit avec eux et s’arrêta dans un endroit tout plat avec une grande foule de sas disciples.

Jésus s’adresse à une foule mais plus particulièrement à ses disciples,

et il le fait, comme à son habitude, par le biais d’une parabole : « un aveugle peut-il guider un aveugle ? Ces disciples s’apprêtent à être envoyés en mission. La parole qu’ils doivent annoncer doit être une bonne nouvelle, c’est à dire une parole bonne et bienveillante, et non pas une parole de jugement et de condamnation. Les disciples doivent suivre l’enseignement de leur maître, être bien formés, pour pouvoir, à leur tour, être un guide pour les autres. Le disciple sera alors , non pas au-dessus de son maître, mais comme son maître, et non pas non plus un modèle, car leur seul modèle et le nôtre c’est Jésus.

 

Alors, par quoi commencer cette formation ?

 

Un certain nombre d’expressions bibliques sont passées dans le langage courant : c’est le cas de l’image de la paille et de la poutre qui se trouve au centre du texte de ce dimanche qui nous réunit ce matin.

 

L’image, par son exagération, est percutante ; quelle est donc cette poutre ?

Le bois est un matériau familier à Jésus : Joseph est en effet charpentier. On peut certes imaginer l’inconfort d’un brin de paille dans un œil, mais une poutre… Jésus est donc sûr de toucher l’imagination de son public et de donner envie à ses disciples de se débarrasser de ce qui les aveugle.

Nous avons lu au v 42 : « Homme au jugement perverti, ôte d’abord la poutre de ton œil ! » le mot grec hupocrites désigne aussi celui qui feint, qui joue un rôle,comme un comédien, qui n’est pas vrai, un hypocrite. C’est aussi cela un homme au jugement perverti.

 

En effet quoi de plus naturel, humain pourrait-on dire, que de voir la petite paille dans l’œil de l’autre et de le juger, cela nous paraît facile.

En revanche il est beaucoup plus difficile de se juger soi-même- surtout avec une poutre dans l’œil. Et c’est pourtant ce que Jésus demande à ses disciples :

tourner d’abord son regard vers soi-même, faire son autocritique, en somme, avant de chercher ce qui ne va pas chez l’autre.

S’agit-il donc de se condamner soi-même ? Non, Dieu est notre seul juge, il« voit » nos faiblesses et nos manquements mais nous savons qu’il nous a pardonné.

 

Après nous être débarrassés de cette poutre, Dieu, par son amour témoigné en Jésus-Christ, nous ouvre, et pas seulement à notre regard, mais aussi à notre entendement, à notre cœur, Dieu nous ouvre un chemin de liberté qui va nous conduire non pas à juger l’Autre mais à l’approcher, sans curiosité malsaine mais avec humilité,et nous pourrons chercher à découvrir ce qu’il y a au dedans de lui-même.

 

Lorsqu’on juge quelqu’un, ou qu’on le condamne, on l’enferme dans une étiquette, une définition étroite et on ne voit plus ce qui est derrière. Ce ne sont pas forcément des jugements négatifs mais cela suffit parfois à l’emprisonner dans une image, forcément incomplète, qu’on a de lui, et parfois cela peut l’empêcher de réaliser tout son potentiel ; par exemple :

– « Ah, lui c’est un intello ! » et l’on ne remarque plus son sens de l’humour .

Ou bien : »Oh, celle-là, elle est toujours mal habillée ! » et l’on ne voit pas qu’elle dessine de très beaux paysages…

 

Il s’agit bien plutôt d’évaluer une situation, des choses, des actes et non pas des personnes.

– autre exemple : un enfant a peut-être fait une bêtise mais il n’est pas bête pour autant

ou bien : un collègue de travail m’a blessé, mais il n’est pas forcément méchant

ou encore : notre président agit trop peu contre le changement climatique, mais cela ne fait pas de lui un irresponsable, en tout cas pas plus que nous à notre niveau…

 

Avoir du jugement ne signifie pas juger ; les chrétiens ont reçu un Esprit. Ils ont accueilli dans leur cœur et au profond de leur entendement un Esprit, un Esprit-Saint qui les éclaire, un Esprit de vérité pour informer leur jugement.

C ‘est Paul qui écrit aux Thessaloniciens (chap 5 v 21 ) « n’éteignez pas l’Esprit ; examinez tout avec discernement ; retenez ce qui est bon ; tenez-vous à l’écart de toute espèce de mal. »

 

Et ne pensez-vous pas que nous avons souvent plus à gagner à choisir le dialogue plutôt que la violence ?

 

Faut-il se contenter d’aimer ceux qui vous aiment (trop facile!), de haïr nos ennemis et de chercher à leur nuire ?

 

Ce n’est pas ce que Dieu attend de nous.

 

Rappelez-vous, au v 36  : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux, dit Jésus ; et il ajoute une recommandation : ne jugez pas et vous ne serez pas jugés.

Ne condamnez pas (comme au tribunal des Pharisiens et des Scribes) et vous ne serez pas condamnés.

 

Après avoir ôté la poutre qui est dans son œil, il devient possible non seulement de se débarrasser de ce qui est mauvais chez soi et chez les autres mais il est alors possible aussi de mettre en évidence et de récupérer ce qui est bon.

 

Cela ne veut pas dire qu’il faut se juger et juger autrui d’après les actes, les actions, le comportement : cela reviendrait à prendre la place de Dieu. Le jugement est le contraire du pardon. Je ne dois pas juger parce que Dieu est pardon.Il accorde son pardon à mon prochain, cet autre, proche ou lointain, comme il me pardonne à moi-même .

 

Qui prend la place de Dieu pour condamner son prochain s’expose à être lui-même condamné au jour du jugement divin. En revanche, la générosité face à autrui sera largement récompensée par la bienveillance divine : comme nous avons lu tout à l’heure au v 38 : « Donnez et on vous donnera, c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on vous versera dans le pan de votre vêtement, car c’est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous. » Il s’agit bien là de la générosité de la grâce divine.

 

Le regard que notre Père pose sur nous est un regard libérateur, miséricordieux et compatissant, bref, un regard débordant d’humanité.
C’est ce regard que nous sommes invités à porter sur le monde, sur notre frère, notre sœur, pas seulement au sens familial, mais aussi sur le frère, la sœur de la communauté et sur tout être humain.

 

Au lieu de passer notre temps à nous juger les uns les autres, nous pouvons nous entraider les uns les autres, entre Églises, entre croyants, et même entre non croyants qui ne nous ressemblent pas, dans la vie de tous les jours et dans la cité afin de parvenir à vivre mieux, ensemble, et non les uns contre les autres !

 

Le Renard de Saint-Exupéry dit au Petit Prince : «  Voici mon secret :il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » 

 

Avec l’aide de Dieu, nous avons à commencer nous-mêmes à enlever, poutre après poutre ce qui nous pèse, nous fait peur, nous bloque , nous empêche de bien voir, pour vivre comme des frères et des sœurs, enfants de ce même Père.

 

L’essentiel, dont Saint-Exupéry nous parlait tout à l’heure, l’essentiel, pour nous chrétiens, est dans le regard que Dieu pose sur nous : un regard qui nous libère, un regard de miséricorde, un regard d’amour, où nous pouvons lire la Bonne nouvelle, cette nouvelle qui nous éclaire et nous précède sur le chemin de notre vie. Cet amour divin qui nous est donné en Jésus-Christ, nous sommes invités à le donner à notre tour à notre prochain.

 

Amen

 

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