6 février 2022 – Le choix de l’amour face à la violence – Jean 18, v.1-12 – B. Marchand

Jean 8.1-12 (traduction Nouvelle Bible Segond)

1 Après avoir dit cela, Jésus sortit avec ses disciples pour aller de l’autre côté de l’oued Cédron, où se trouvait un jardin dans lequel il entra, lui et ses disciples. 2 Judas, qui le livrait, connaissait le lieu, parce que Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. 3 Judas, donc, qui avait emmené la cohorte et des gardes fournis par les grands prêtres et par les pharisiens, arrive là avec des torches, des lanternes et des armes. 4 Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : Qui cherchez-vous ? 5 Ils lui répondirent : Jésus le Nazoréen. Il leur dit : C’est moi. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. 6 Lorsqu’il leur dit : “C’est moi”, ils reculèrent et tombèrent par terre. 7 Il leur demanda de nouveau : Qui cherchez-vous ? Et ils dirent : Jésus le Nazoréen. 8 Jésus répondit : Je vous l’ai dit, c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez-les s’en aller. 9 C’était pour que s’accomplisse la parole qu’il avait dite : “Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés.” 10 Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa l’esclave du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Le nom de l’esclave était Malchos. 11 Jésus dit à Pierre : Remets ton épée dans son fourreau. La coupe que le Père m’a donnée, ne la boirai-je pas ? 12 La cohorte, le tribun militaire et les gardes des Juifs s’emparèrent alors de Jésus et le lièrent.

Prédication

Notre texte se situe après de longs discours que Jésus adresse aux disciples. Le chapitre 13 de l’évangile selon Jean commence ainsi : “Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.” Cette phrase place toute la suite dans l’amour de Dieu, comme clé de lecture des événements. À la question “pourquoi”, la réponse est : parce que Dieu aime.

C’est alors que Jésus prend son dernier repas avec ses disciples. C’est le repas du soir pendant lequel Jésus lave les pieds de ses disciples, annonce la trahison de Judas, et le reniement de Pierre, parle du défenseur que Dieu enverra afin que les disciples ne soient pas seuls. Les paroles de Jésus sont graves, et provoquent un trouble.

Puis Jésus invite ses disciples à sortir du lieu du repas, mais le discours se poursuit longuement jusqu’au chapitre 18. Les paroles de Jésus semblent retarder la sortie. Enfin, nous voici à notre texte : “Après avoir dit cela, Jésus sortit avec ses disciples”.

Ils sortent pour entrer dans un jardin. Nous ne savons pas ce qui s’y passe, ni combien de temps ils y restent, avant l’arrivée de Judas. Quand la troupe arrive, Jésus s’avance ; littéralement, il sort. La rencontre se déroule à l’extérieur du jardin.

Le jardin se présente ainsi comme un lieu de retraite, un lieu de paix, de refuge. La violence se déroule en dehors du jardin. On pourrait légitimement se demander s’il faut faire un lien avec le jardin en Éden, dans les deux premiers chapitres du livre de la Genèse. Mais dans le livre de la Genèse, le mot grec utilisé pour parler du jardin n’est pas le même ; c’est celui qui a donné notre mot français “paradis”. Le jardin d’où sort Jésus n’est pas ce paradis, mais seulement une parenthèse hors de la violence du monde.

“Qui cherchez-vous ?”, demande Jésus deux fois. Comment si quelque chose résistait. En effet, les gardes reculent, et même tombent par terre devant Jésus. Quel est ce malaise qui s’empare d’eux ? Ils sont pris de vertige. Les gardes cherchent un homme, “Jésus le Nazoréen” ; Jésus leur répond : “C’est moi”, littéralement “je suis” ou “moi, je suis”. Cette réponse est à la fois banale — n’importe qui peut dire “c’est moi” pour se désigner, même en grec — mais cette formule est aussi celle avec laquelle Dieu s’est révélé : “Sachez, sachez que je suis.” (Deutéronome 31.23). Par cette réponse “C’est moi”, “je suis”, on peut ainsi entendre Dieu se révéler en Jésus. De quoi provoquer le vertige !
Jésus lui-même sort les gardes du vertige en leur rappelant pourquoi ils sont venus. Ils sont venus pour s’emparer de lui, et ils vont bien finalement le lier. Cette violence interroge.

Dès l’arrivée des gardes, nous avons affaire à une démonstration de force : torches, lanternes, armes — de quoi impressionner dans la nuit. Et le nombre aussi : une cohorte, c’est-à-dire un corps d’infanterie, formé de centuries. C’est un dixième d’une légion romaine. Cela représente plusieurs centaines d’hommes. Alors, il n’est pas certain que des soldats romains soient effectivement présents. Certains exégètes pensent plutôt qu’il s’agit uniquement de gardes juifs. Mais quoi qu’il en soit, le terme de cohorte exprime la masse de ceux venus chercher Jésus.

Pourquoi autant de démonstration de force ? Pourquoi cette violence à l’égard de Jésus ? Que vient Dieu déranger en l’humain à travers Jésus ?

Quand nous lisons la Bible, il nous arrive d’être dérangés, choqués même, par certains récits, certaines paroles. Certaines paroles de Jésus nous questionnent, car nous ne savons qu’en penser. Ou même nous nous y opposons. Nous adhérons intellectuellement à l’amour auquel nous sommes appelés, mais nous avons nos limites. Aimer : oui, mais il faut que ce soit réciproque. Aimer ses ennemis : là, ça se complique. Pardonner : peut-être, mais il y a des conditions. Faire confiance : oui, mais avec quelques preuves.

Nous entendons ces paroles de Jésus, mais quelque part, nous résistons. “Mais je vous dis, dit Jésus, à vous qui écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous détestent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous injurient. Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui aussi l’autre. Si quelqu’un te prend ton vêtement, ne l’empêche pas de prendre aussi ta tunique. Donne à quiconque te demande, et ne réclame pas tes biens à celui qui les prend. Ce que vous voulez que les gens fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux.” (Luc 6.27-31) Ou encore : “Alors Pierre vint demander [à Jésus] : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il péchera contre moi? Jusqu’à sept fois? Jésus lui dit: Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.” (Matthieu 18.21-22) Ou encore, et je vais m’arrêter là : “Pierre se mit à dire [à Jésus] : Nous, nous avons tout quitté pour te suivre. Jésus répondit: Amen, je vous le dis, il n’est personne qui ait quitté, à cause de moi et de la bonne nouvelle, maison, frères, sœurs, mère, père, enfants, ou terres, et qui ne reçoive au centuple, dans le temps présent, maisons, frères, sœurs, mères, enfants, et terres, avec des persécutions, et, dans le monde qui vient, la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront premiers.” (Marc 10.28-31)

Nous nous arrangeons avec la bonne nouvelle de Jésus. Nous écartons ce qui coûte, malgré la promesse de vie qui nous est faite, et nous préférons rester avec le vieil habit, dans le vieil humain non converti à Dieu. C’est une façon “douce” de réagir, par la fuite, mais la fuite comporte en elle une certaine violence faite à l’autre.

Jésus et sa bonne nouvelle nous confrontent à nous-mêmes. La bonne nouvelle dérange, met en question, déplace. Nous répondons par le rejet : “Tout cela, ce sont des idioties !” — pour le dire poliment —, ou par la fuite en restant sourds à ces appels. Les chefs religieux, au temps de Jésus, ont choisi : ce sera le rejet par la force.

À cette violence, Pierre répond aussi par la violence de l’épée. Il s’attaque à un esclave, qui exécute simplement des ordres, mais cet esclave représente surtout le pouvoir du grand prêtre. Pierre s’attaque à la représentation symbolique du pouvoir des chefs religieux. Un geste bien dérisoire qui prolonge la violence. Jésus arrête cet engrenage.

L’évangéliste Jean nomme la personne que Pierre a blessée. Il s’agit de Malchos. L’ennemi n’est pas une entité abstraite, une masse indistincte. Ce sont des personnes singulières, avec des histoires de vie, des familles, des proches. Malchos est l’un d’eux. À travers lui, c’est l’humanité qui est atteinte par le geste de Pierre.

Jésus choisit de répondre autrement à la violence. Il choisit de boire la coupe que Dieu lui donne, la coupe qui aboutit à la mort. Il accepte de mourir sur la croix afin de montrer au monde une autre force : la force de l’amour. L’amour guide l’action de Dieu, comme je l’ai souligné en tout début de la prédication. L’amour produit la vie, la vie vivante, en Dieu, qui échappe à l’emprise de la mort.

Cette réponse de Dieu à la violence vient remettre en question, une nouvelle fois, nos propres violences, contre nous-mêmes, contre les autres, contre Dieu. Mais Dieu nous y appelle, et nous dit, comme à Gédéon : “Va avec la force que tu as” (Juges 6.14) Oui, vraiment, Dieu nous donne la force d’affronter notre violence pour la transformer en amour et en vie. Amen !

 

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